Le port artificiel d'Arromanches

Situé sur les hauteurs d'Arromanches, le cinéma circulaire Arromanches 360 domine les vestiges d'un des deux ports artificiels installés par les Alliés.

Lors de la conférence de Québec, en août 1943, les responsables du plan "Chief of Staff to the Supreme Allied Commander" (COSSAC), sont chargés de préparer le débarquement de Normandie. Conscients de l’impossibilité de prendre un port de front pour y acheminer le ravitaillement nécessaire à leurs armées, ils décident de venir avec leur propre port.

Deux ports artificiels sont ainsi imaginés, distants d’une quinzaine de kilomètres, l’un pour les Américains et l’autre pour les troupes anglo-canadiennes. Les noms de code sont respectivement Mulberry (mûre) A et B. Leurs emplacements sont Saint-Laurent-sur-mer et Arromanches.

Dans le plus grand secret, 45 000 ouvriers, répartis dans 400 entreprises britanniques, fabriquent les différents éléments. Les Mulberries, d’une superficie prévue de 500 hectares, doivent pouvoir manutentionner quotidiennement 7 000 tonnes de marchandise et 1 250 véhicules du 21 juin au début de l’automne 1944.


 

Comme tous ports traditionnels, il possède une digue brise-lames, des quais de déchargement et des jetées pour atteindre le rivage. Pour les digues, les "bombardons" ou radeaux flottants sont construits. Ils sont capables de réduire de moitié des vagues de force 6. Les "bombardons" de 65 m de long pour 8 m de haut sont reliés entre eux tous les 15 m, ancrés sur une eau profonde de 20 m à environ 2 km du rivage. Une seconde digue composée de vieux bateaux coulés, appelés blockships (navires de blocage), contribue à atténuer l’effet de la houle.

Les quais sont composés de caissons, dits Phoenix, dont les plus grands sont de dimension d’un immeuble de cinq étages, avec 18 m de haut pour 60 m de long et 17 m de large. 150 de ces énormes cubes de béton sont construits en six mois pour être ensuite coulés parallèlement à la côte et accolés les uns aux autres. Chaque caisson est un véritable navire muni d’un poste d’équipage pour la traversée de la Manche, surmonté généralement d’une plate-forme de défense contre-avion – (DCA) et avec une soute remplie de vingt tonnes de munitions.

Aux caissons Phoenix sont fixées les plates-formes de déchargement en acier, aux angles desquelles sont positionnés des pieux qui servent de béquilles pour les stabiliser durant le déchargement des bateaux. Selon le niveau de la mer dû aux marées, ces têtes de jetée montent ou descendent. Des péniches peuvent s’accoster à ces 23 jetées et abaissant leurs rampes permettre aux véhicules de prendre directement le chemin de la terre ferme. Six jetées-routes pour véhicules sont ainsi aménagées à Arromanches.


 

Par manque de remorqueurs, la traversée des 35 convois des éléments du port ne débute que le 14 juin pendant deux semaines. Pour pallier le retard pris, une seule ligne de brise-lames "bombardons" est installée au lieu des deux prévues. Erreur qui s’avère fatale lors de la tempête du 19 au 22 juin 1944. Bien que plus avancé dans son montage, avec une jetée opérationnelle le 17 juin, le Mulberry A de Saint-Laurent-sur-mer est anéanti. Celui d’Arromanches est alors remis en état et complété d’éléments du port américain qui est définitivement abandonné.

Le port artificiel d’Arromanches fonctionne du 19 juin au 19 novembre 1944. En juillet, à plein rendement, il passe d’une moyenne de 7 000 tonnes de matériel déchargé par jour à 20 000 tonnes lors de l’assaut de Montgomery sur Caen. Malgré ces succès, la capacité du Mulberry B, surnommé "Port Winston" en hommage à Churchill, ne représente qu’entre 15 et 20 % du total de la logistique alliée de l’été 1944. Mais la prouesse technologique de sa construction en a fait un lieu exceptionnel et incontournable de la mémoire de la bataille de Normandie. Les vestiges de ce port encore visible en mer témoignent de cette invention inégalée dans l’histoire militaire du XXe siècle.    

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